je suis le feu, le feu me brûle

installation-performance feu, glace
10x10x10m / FRANCE 2007



je suis le feu, le feu me brûle

De la terre jusqu'au ciel
Quand on perd un père, on perd ses repères

« Je me souviens pendant que je vis »

A­près cinq ans de vie en Chine, je suis revenue en France au moment du décès de mon père en août 2007. À cette période, je ne savais quelles seraient les répercussions de ces deux éloignements géographiques et humains. J'ai fait le choix de remplir ce vide en extériorisant mon deuil dans mes réalisations artistiques. J'ai essayé de mettre mes émotions sur le terrain de ma création. Un long processus de deuil vit jour. Je suis passée par différentes étapes évolutives : des moments de tempêtes, de rage, de réveil, de calmes, d'endormissement, d'allégresse.

Actuellement, je suis encore sur la route de mon travail de deuil. Ce deuil est un don, un legs, un héritage que j'ai reçu. Les morts en partant nous portent, nous apportent la force.

Se préoccuper de ceux de nos morts qui ne peuvent pas tranquillement "continuer leur route" est un travail d'hygiène mentale, qui a été, de tout temps, considéré comme aussi essentiel qu'indispensable. Cela, dans l'intérêt de tous : du défunt comme de ceux qui lui survivent. Nous sommes pleins d'agonies et de deuils non-faits ou mal vécus, hantés par toutes sortes de fantômes qui, provoquent des troubles.

Mon fantôme, le mien, est dans des souvenirs bien gardés dans un album de photos de famille. J'en fais mon travail de deuil. J'accepte de comprendre, d'en parler, d'échanger sur la perte d'un être cher. Je voudrais que cette douleur ne soit plus qu'une image douce à regarder, que le mort parte en paix. Pour l'instant, ce mort me hante. C'est une juxtaposition d'images du passé. Une somme de temps, d'images que je fais revenir à moi sur le divan du psychanalyste, espace clos et écoute attentive. J'ai exploré le sentiment de deuil, à travers des écrits et des installations artistiques. Je me suis retrouvée figée par un sentiment si fort, dont la cause est si inexorable. Les battements de la vie cessent, les changements cessent d'être perceptible, le temps alors s'arrête. Je continue donc mon chemin. Comment faire mon deuil ? Qu'est-ce faire mon deuil ? Pourquoi avoir besoin de le faire pour me sortir de cette mélancolie ? Alors, je cherche des réponses et je rencontre des artistes qui travaillent sur la notion du deuil, du souvenir, de la mémoire, tels que Christian Boltanski, Louise Bourgeois.

Je parlerai de mon deuil avec une performance Je suis le feu, le feu me brûle. Puis à travers une installation Aller-Retour / Aller-Simple, je fonderai ma démarche sur le temps comme réparateur de la souffrance. Je continuerai en montrant la place du souvenir, de la mémoire en prenant comme référence Christian Boltanski. Et pour finir, je montrerai que L'art est une garantie de santé mentale comme l'affirme Louise Bourgeois dans l'installation Precious liquids.

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